Le personal branding : destructeur d’idées ?
L’intelligence, nécessaire mais pas suffisante
Certaines personnes paraissent ennuyeuses au premier regard et finissent par vous passionner à travers leur conversation, d’autres vous absorbent avec un charisme fou, alors que vous êtes conscients dès le début qu’ils ne racontent rien de fou…
Etre intelligent, avoir accompli un parcours d’études hors du commun ou même être surdoué ne suffisent plus de nos jours. Il faut savoir impressionner, donner envie d’écouter, de passer du temps ensemble…
Mais à qui accorde-t-on cette ressource qui nous est rare ?
Est-ce le storytelling qu’il faut savoir maitriser ? Avoir des idées splendides qui se suffisent à elles-mêmes ? Etre séduisant?
N’est ce pas le fait apprendre de l’autre notre motivation clé ? Qu’il s’agisse de culture générale, des connaissances en art, en politique, de l’humour ou un savoir-être, une capacité à être positive et à communiquer une certaine énergie à autrui (personnellement je suis passionnée par ces personnes qui transforment votre humeur et qu’en les quittant vous avez l’impression d’être rechargé)…
Les relations humaines semblent être basées sur une notion d’échange.
Cela peut ressembler fortement à de l’égoïsme mais je n’y vois rien de négatif. C’est tout simplement de l’enrichissement mutuel.
Mais dans quelle optique l’autre peut-il nous influencer alors qu’on est incapable de dire avec clarté ce qui détermine notre action nous même ? Les neurosciences apportent de jour en jour de nouvelles preuves de notre irrationalité. Nous avançons des explications justifiant nos décisions alors que nos stimuli cérébrales dessinent un tout autre tableau de causes conséquences.
Nous pouvons alors expliquer le jeu de l’influence en nous basant sur des observations et passer à côté de phénomènes pouvant être très puissants une fois décelés par des professionnels. C’est exactement ce que cherchent à déterminer les scientifiques, les psychologues, et les intéressés (politiciens, publicitaires..).
L’idée..
Une vraie idée, comme le disait Leo Burnett, a une puissance et une vie qui lui sont propres.
Lorsqu’elle prend vie, elle devient information.
Après avoir apporté de l’argent ou une réputation à son créateur, elle apporte d’autres choses à ses utilisateurs. Elle doit circuler, être accessible à un certain public, lui être pratique, intéressante, utile…
Ces informations sont aujourd’hui relayées par différents canaux : les médias traditionnels, les évènements, le web et le bouche à oreille. Toute personne se renseigne plus ou moins sur les références mainstream (les plus grands journaux, les magasines les plus connus, le 20h, etc..). Pour d’autres, l’information n’est pas au second plan, c’est le cœur de leurs intérêts.
Ils creusent et recherchent des sources qui sont en avance sur les médias pour être les premiers à délivrer l’information à leur entourage réelle ou virtuelle (le virtuel devenant de plus en plus réel).
Ils sont également très à même de produire eux-mêmes des informations particulières, spécifiques, différentes de ce qu’on peut trouver ailleurs avec le bagage qu’ils se sont constitués soit en commentant ou analysant leurs trouvailles, soit en allant sur le terrain directement pour jouer aux journalistes.
Ces individus sont plus susceptibles d’être des influenceurs et de devenir en quelques sortes des médias via leurs blogs, les réseaux sociaux ou au sein de leurs entourages.
Cela signifie également que chaque seconde, plusieurs informations sont créées partout dans le monde. La majorité de ces dernières n’atteint qu’un nombre très restreint d’audience.
Une audience qui filtre et qui ne retient que ce qui l’intéresse.
Prenons le cas de Twitter. Beaucoup ne font que de lire les tweet des autres pour s’informer et partager l’information avec leurs propres followers. Ce sont uniquement des consommateurs-transmetteurs.
Et puis de l’autre côté on a les émetteurs qui font la recherche, ou qui créent du contenu et jouent le double rôle d’être à la fois des consommateurs-transmetteurs mais aussi des émetteurs.
Appelons les premiers les influencés et les seconds les influenceurs (simpliste mais utile pour la suite).
Du coup, une idée qui aurait pu plaire à l’influencé, n’ayant pas plus à l’influenceur, n’atteindra jamais le premier qui se contente de consommer des informations présélectionnées.
Mais ce qui est intéressant est de comprendre la manière dont l’influenceur fait sa sélection. Il peut tout simplement agir selon ses goûts et intérêts, ou encore être conscient de son statut d’influenceur et chercher à le renforcer.
C’est là que l’équation devient intéressante. Comment se comporte une personne cherchant à plaire et à influencer ? Sa sélection sera-t-elle la même ? prendra-t-elle plus ou moins de risques ? n’agira-t-elle pas selon un filtre qu’elle aura créé dans son esprit définissant selon elle les attentes de son cercle d’influence ?
Mais comment peut-elle connaître les réactions d’autrui ? L’humain est surprenant et chaque jour un produit qu’on aurait cru devenir un lancement star (New Coke) connait la défaite tandis que des produits complètement out (le cas des Hush Puppies de The Tipping Point) connaissent un revival fou.
Et si une appli expliquait mieux mon équation ?
Quand j’allais au lycée et que j’écoutais de la musique dans le bus, je me demandais souvent ce qu’écoutait le mec assis à côté de moi ou si ce que j’écoute lui plairait…
Du coup, j’imaginais l’existence d’une technologie qui me donnerait la possibilité d’accéder aux mp3 player (md players à l’époque) des autres personnes prenant le bus avec moi.
Imaginez une appli : chacun s’inscrit sur une plateforme semblable au skype de la musique, et quand on passe online, cela signifie que toute autre ami connecté peut entendre ce qu’on écoute. Cela signifie que lorsqu’on passe à une autre chanson en plein milieu d’une autre, ce choix est imposé à celui qui ‘espionne’ notre mp3 player.
Ainsi, chacun devient en quelque sorte une chaine de radio, un dj..
J’imagine plusieurs conséquences à un tel outil :
è Les radios ne seraient pas très contents bien que la qualité de leur service restera au moins un certain moment meilleure que l’utilisation individuelle qu’a chacun de son mp3 player (les influenceurs pourront jouer le jeu au point de préparer des playlist impeccables déviant l’objectif de création de l’appli, etc..)
è Mais certains devraient tout de même écouter la radio ou s’informer via d’autres sources pour se tenir au courant de dernières nouveautés musicales
è On aurait tendance à écouter les mp3 player des personnes qu’on admire le plus
è Beaucoup de consommateurs transmetteurs n’écouteraient peut être plus que les playlist des autres et de moins en moins souvent les radios, cherchant à accéder à une sélection faite par quelqu’un dont on sait qu’on aime les goûts (le jeu des recommandations atteindrait un sommet)
Imaginez-vous deux minute que tout un chacun puisse avoir accès à ce que vous écoutez à un moment t. Ecouteriez-vous exactement ce que vous écoutez aujourd’hui ? Ou réfléchirez-vous à deux fois avant de sélectionner une chanson : « ça c’est trop naze, les gens se moqueraient de moi s’ils savaient que j’écoute ça.. »…
Cette pensée peut sembler immature mais faire bonne impression fait partie de la nature humaine.
Ainsi, les influenceurs étant également humains, ont surement la même prétention de penser savoir ce qui aura un grand effet sur les autres, ce qui leur déplaira et ce qui les impressionnera…
Ces mêmes personnes qui trient les infos qu’ils nous rendent accessibles, passent sans doute souvent à côté d’idées qui leurs plaisent mais qu’ils n’assument pas, ou pensent qu’elles ne plairont pas aux autres…
Nous passons donc peut-être ainsi chaque jour à côté de choses impressionnantes, en nous enfermant dans le sas de ce que nous pensons savoir des goûts de l’autre, en perdant peut-être même la compréhension de nos goûts personnels.
Que perd-t-on de nos âmes en cours de personal branding ?
Du marketing de masse nous sommes passés au niche-marketing puis petit à petit au one-to-one. La mode est changeante, les « je » redemandent du « nous ». L’humain reste humain, il veut être aimé de tous.
En pleine aire de l’information, nous avons l’impression de surdoser chaque jour, de voir et d’entendre trop de choses et là je vous dis que si ça se trouve le personal branding de chacun nous prive d’informations qui nous auraient intéressées. Vous allez me dire, « ça va je crois qu’on ne manque pas d’infos ».
Mais à force, créerons-nous des réseaux socio-professionnels de clones ?
Les créateurs de contenu dont le travail n’est systématiquement (et progressivement ?) pas retenu par les influenceurs arrêteront-ils à tord de créer par démotivation… s’ils ne sont pas influenceurs charismatiques eux-mêmes ?
Le personal branding est-il destructeur de valeur ou un bon réseau d’influence (créateur + contexte + transmetteur + storyteller + influenceur) peut-elle trouver audience à toutes sortes d’idées ?
Je ne cite pas beaucoup de sources dans cet article mais les influences sont certainement mes dernières lectures : The Tipping Point (Malcolm Gladwell), L’idée qui tue (Nicolas Bordas) et bien d’autres inspirations inconscientes. Mais je sens que je vais également lire davantage sur le personal branding 2.0 pour me cultiver dans ce domaine sur lequel je me suis permise d’émettre des hypothèses. Mes excuses aux experts si j’ai pu paraître naïve dans mes interprétations, mais il est fort tentant de commencer par développer ses propres idées initialement avant de s’exposer à l’influence des lectures
Du coup, je conclue cet article sur un « to be continued » après recherches approfondies.
En bonus, Darketing nous explique le Personal Branding pro à travers les propos d’Olivier Zara, auteur de Réussir grâce au personnal branding.
Excellent dimanche à tous !



Bonjour !
J’ai adoré l’article ! D’abord facile à lire et à suivre, puis et surtout qui pose des questions, des questions et encore des questions : sans prétention à apporter des réponses !
N’est-ce pas le propre de la philosophie : s’interroger et questionner puis rechercher des éléments de réponse qui tiennent logiquement la route, sans rechercher la vérité absolue (ce serait en recherchant cela, chère bloggeuse, que vous seriez bien naïve !)
L’exemple du mp3 player dans le bus et juste un coup de génie, il rend votre propos limpide.
Merci ! Voilà qui met de bonne humeur dès le matin !
(la prochaine fois j’essayerai de commenter des articles plus récents, c’est promis !)
Merci beaucoup !
Ca fait d’autant plus plaisir d’avoir des commentaires sur les anciens articles
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Excellente journée,
Nesem